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LA DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME A 60 ANS !
Elle fut proclamée et adoptée le 10 Décembre 1948 au Palais de Chaillot à Paris par l’Assemblée Générale des Nations unies à l’initiative de René Cassin. C’est en souvenir de cet événement que la Conférence annuelle du Département pour l’information des organisations non gouvernementales, habituellement réunie au siège des Nations unies à New York, s’est tenue pour sa 61è édition à Paris, au siège de l’UNESCO, du 3 au 5 septembre 2008, sur le thème « réaffirmer les droits de l’homme pour tous ».
Elle s’est réunie sous la Présidence de Madame Shamina de Gonzaga (ONU) et en présence d’un grand nombre de personnalités internationales. Elle a rassemblé 1399 personnes appartenant à 537 ONG et venant de 74 pays. Ces personnes étaient géographiquement réparties comme suit, par ordre décroissant : Amérique du Nord et Caraïbes, 493 ; Europe de l’Ouest, 425 ; Afrique, 183 ; Asie et Pacifique, 152 ; Amérique latine, 62 ; Moyen-Orient et Pays arabes, 47 ; Europe de l’Est, 37. Les délégations sont ainsi venues de tous les continents. Le choix du site de Paris a facilité l’accès des Africains, des Européens et des Asiatiques, plus nombreux que d’habitude, mais n’a pas freiné les américains, fidèles à cette rencontre habituellement new-yorkaise et habitués à voyager.
DYNAMISME DE LA SOCIETE CIVILE ET PESANTEUR DES INSTITUTIONS
Il en est ressorti une forte prise de conscience d’une réelle énergie à l’œuvre dans le monde pour qu’avance la cause de l’homme et de ses droits fondamentaux. Ces avancées sont d’abord le fait de la société civile et des hommes et des femmes qui s’associent et s’organisent pour y parvenir. Les institutions politiques ne les entendent, les soutiennent et les relaient que de manière trop souvent distante dans les préoccupations et insuffisante dans les moyens financiers ou les facilités administratives. Ce point, très douloureux, fut répété par beaucoup, comme l’écho persistant d’un cri qui ne se résout pas à demeurer sans avenir. Que le principal creuset de cet espoir et de ses avancées soit le travail éducatif ne fait de doute pour personne car il forge les mentalités de demain. Ainsi le défi de l’éducation pour tous (EPT) rejoint-il directement celui de l’avancée et de l’universalité des droits de l’homme dans le monde.
LA QUESTION DE L’EAU
La question de l’eau (accès à l’eau potable et réseaux d’assainissement) a donné lieu à des propositions fondées sur la nécessité de faire reconnaître, notamment par l’ONU qui ne l’a pas encore fait et ne s’en explique pas, que l’accès à l’eau est un droit humain car un droit pour la vie ; mais trop d’intérêts divergents, relevant de la seule logique de marchandisation, entrent ici en jeu. Cette approche invite à une redistribution des rôles et un nouveau partage des responsabilités entre les acteurs privés et publics, une remise en perspective des réalités humaines et économiques au regard de la vie plutôt qu’au regard des seuls produits financiers, une solidarité internationale orientée vers un développement durable plutôt que sur un marquage réciproque d’intérêts à courts termes.
PROMOTION DE LA CULTURE ET AVANCEE DES DROITS DE L’HOMME
Il fut souligné partout le rôle incontournable de la culture et de la science dans l’avancée des droits de l’homme. Tout régime totalitaire ou dictatorial se méfie d’abord de ses intellectuels avant de les enfermer, de les déporter ou de les faire disparaître. Ces réalités sont malheureusement d’actualité dans le monde d’aujourd’hui. Il y en eut de bouleversants témoignages. Il fut précisément évoqué le travail des enfants ou leur exploitation comme soldats, pratiques largement répandues, mollement dénoncées et restées impunies, ou encore les diverses formes d’esclavage encore pratiquées dans le monde ou d’instrumentalisation domestique et sexuelle des femmes. Pour avancer sûrement sur ce terrain difficile. Il convient de considérer comme indivisibles l’affirmation des droits de l’homme et de leur universalité, les procédures de protection à l’encontre de tout ce qui en manifeste le déni et enfin les devoirs inhérents à tout homme dans une société donnée. Ces derniers ne sont jamais facultatifs, notamment dans l’appréciation des réalités des phénomènes migratoires et des questions d’intégration.
LES DROITS DE L’HOMME NE VONT PAS SANS LES DEVOIRS DE L’HOMME
La notion de droit de l’homme, pour riche qu’elle soit, et précisément pour cette raison, demeure souvent indéterminée et prend la forme d’un slogan qui peut à lui seul et à peu de frais tenir lieu de politique. C’est pourquoi il faut spécifier les droits de l’homme ainsi que les indicateurs permettant d’en apprécier les avancées. L’on pourra ainsi parler plus efficacement de droits économiques, de droits sociaux, de droits culturels, de droits à l’environnement, de droits à la paix, de droits à l’assistance humanitaire, etc. Mais alors il convient de développer parallèlement à cette approche et avec la même exigence une "déclaration des devoirs de l’homme" envers soi-même, envers les autres, envers la famille, envers l’environnement, envers la communauté nationale, envers la communauté internationale, etc. Le fait que la Déclaration universelle des droits de l’homme n’évoque les devoirs que dans son art. 29 montre tout le chemin qu’il reste ici à accomplir dans les mentalités et dans les textes.
VAINCRE LES DISCRIMINATIONS ET RECONNAITRE LA DIGNITE DES MINORITES
Dans un contexte de développement de formes nouvelles de pauvreté et d’accentuation des inégalités, de renforcement des replis communautaristes et des refuges identitaires, ainsi que de fuite en avant des logiques marchandes aveugles aux urgences du lien social, les mentalités et attitudes discriminatoires, aux prétextes sécuritaires ou moralisateurs, ont tendance à regagner du terrain. Vaincre la discrimination est aujourd’hui l’un des enjeux majeurs de la réalisation des droits de l’homme et de la dignité pour tous. A titre d’exemple l’on peut être emprisonné et exécuté aujourd’hui pour son orientation sexuelle (76 pays prévoient des peines de prison et 7 pays la peine de mort à l’encontre des homosexuels ; 49 pays seulement disposent dans leur arsenal juridique de lois anti-discriminatoires les concernant). Les crimes d’honneur à l’encontre des femmes qui ont cru pouvoir échapper à la main mise des hommes de leur famille ou de leur mari sur leur vie sexuelle se développent et restent impunis. Les rituels d’excision perdurent. La religion ne sert souvent ici que de prétexte à la domination masculine. Misère économique, misère psychologique, misère sexuelle, misère culturelle, misère relationnelle et sociale, misère de tous ceux qui sont porteurs d’un handicap, etc. Sans doute convient-il d’abord de reconnaître les plus pauvres et les minorités comme des acteurs à part entière, comme sujets et non plus comme objets du mépris ou de la sollicitude des autres (il y a 30 millions d’aveugles en Europe ; 650 millions de personnes portent un handicap, soit 10% de la population mondiale – ce pourcentage atteint 80% des personnes dans les pays en voie de développement – nous ne sommes plus là dans des phénomènes marginaux et pourtant ils sont toujours traités comme tels un peu à l’image de ces "possédés" que les sociétés traditionnelles rejettent au-delà des limites des villages, dans l’espace non humanisé, ou de la maladie mentale qui relève encore trop souvent de la seule logique de l’enfermement ou de la camisole chimique).
ECOUTER LES EXCLUS ET COMPRENDRE L’EXCLUSION
La question de l’exclusion doit se comprendre d’abord à partir du regard et de la parole des exclus eux-mêmes. C’est le seul moyen d’éviter l’engrenage de la violence qui blesse les personnes et peut menacer la paix sociale. Ainsi vaut-il mieux s’engager avec les pauvres et les exclus dans une entreprise dialoguée de construction d’un avenir commun que dans la multiplication de tentatives avortées d’éradication. Cela rend possible une réflexion partagée sur des stratégies de paix sociale (nationalement et internationalement) bâties à l’épreuve de l’écoute mutuelle et du pardon. Tout commence, en somme, par le devoir de restaurer l’exclu dans sa dignité de personne et de vivre cette rencontre au risque de l’égale dignité et liberté de chacun. Dès lors la misère et les exclusions qui en résultent ne seront plus, dans le tissu social, le point obscur de non rencontre mais le fond possible d’une authentique rencontre génératrice de lien social et de progrès humanitaire. Les pauvretés et les exclusions sont des violations des droits de l’homme. Il faut toujours rappeler que personne, jamais, ne perd sa dignité humaine même si elle est violentée et piétinée (ne serait-ce que par les tracasseries et vexations administratives qui minent le besoin d’identité et de reconnaissance sociale de nombreuses populations migrantes) car qui la perdrait la ferait perdre ipso facto à l’humanité toute entière.
LIBERTES ET SECURITES INDIVIDUELLES ET PUBLIQUES
La question de l’affirmation et du respect des droits de l’homme ne peut pas être envisagée indépendamment des exigences de sécurité pour les individus et les sociétés. Etre en sécurité c’est être libre de peur, personnelle et collective. La liberté d’expression, la possibilité de satisfaire ses besoins élémentaires (encore faut-il s’entendre sur cette notion !), la liberté religieuse, etc. en font intrinsèquement partie. Cela ne va pas sans paix ni sans sécurité. Ce qui est une autre manière de dire qu’il ne peut y avoir de mise en œuvre des droits de l’homme sans la mise en œuvre concomitante par chaque personne et chaque groupe des devoirs qui en permettent précisément l’application. L’on s’intéresse souvent davantage aux victimes qu’aux oppresseurs ; or sans ces derniers il n’y aurait point de victimes. Cela pose très concrètement les questions du contrôle et de la surveillance des citoyens pour la prévention et la lutte contre toutes les formes de délinquance, contre les risques d’actions terroristes, du contrôle des frontières et de la libre circulation des personnes, de la surveillance des espaces publics par caméra, du croisement des fichiers informatiques nominaux, etc. Comment bien articuler les exigences de sécurité des individus, des groupes ou des sociétés, et le respect des libertés individuelles ? Le recours incantatoire au respect des droits de l’homme ne suffit pas à définir la juste mesure dans ce qui ne peut être qu’un compromis. Il serait nécessaire que l’ONU produise rapidement une définition de la sécurité humaine acceptable par tous.
LA REFERENCE PARTAGEE AUX DROITS DE L’HOMME TRANSFORME LA SOCIETE
La référence et le recours aux droits de l’homme sont dans de nombreux pays des facteurs de transformation de la société. Cela passe fondamentalement par l’éducation en général et plus particulièrement par une éducation spécifique aux droits de l’homme. En cette matière l’ignorance peut être considérée comme une maladie qui rend le corps social incapable de se défendre contre ce qu’il ne peut pas identifier comme une atteinte à l’humanité des hommes et des femmes et le rend donc imperméable à toute proposition de progrès humanitaire. Dans la plupart des écoles cette dimension manque à l’éducation. Il faudrait l’intégrer dans tous les programmes de l’éducation formelle tout en sachant que dans de nombreux pays ces contenus éducatifs peuvent entrer en conflit avec des coutumes qui violent ces droits mais qui modèlent très fortement les mentalités (notamment en matière de femmes, de propriété, de familles, etc.). L’on ne peut faire ici l’économie du temps nécessaire aux évolutions et changements. L’éducation aux droits de l’homme doit alors commencer dès le plus jeune âge si l’on veut ensuite qu’elle porte du fruit. Dans toutes les écoles du monde, mais aussi dans toutes les familles, nombreuses sont les occasions à saisir pour une éducation aux droits de l’homme. La formation des maîtres devrait intégrer fortement cette dimension. Les voyages se multiplient et les échanges culturels, notamment scolaires et universitaires, qui en résultent sont autant de passerelles entre les nations et d’invitations à la reconnaissance des autres et à la fécondité des métissages.
L’ENERGIE CREATRICE ET REALISTE DE LA JEUNESSE
Il va de soi que la jeunesse d’aujourd’hui est l’avenir de demain. Cependant c’est dès maintenant que la jeunesse doit être considérée comme un acteur social et culturel déterminant. Il s’agit de cesser de la considérer seulement comme un récipient destiné à recueillir les bonnes paroles des aînés (ceux des sociétés traditionnelles comme ceux qui s’expriment au nom des ONG) pour une éventuelle mise en œuvre ultérieure. L’énergie créatrice dont la jeunesse est porteuse doit être entendue et reçue pour ce qu’elle est : capable dès aujourd’hui de remuer des montagnes. Encore faut-il lui donner des espaces d’expression et des occasions de participation active dans des instances qui, tout en leur donnant les principes universels dont ils ont besoin pour être guidés, se nourriraient utilement de leur regard et de leur volonté. Cette volonté doit rencontrer, pour ne point s’étioler, des certitudes de réalisation. Les jeunes aspirent à œuvrer au sein de programmes novateurs où ils seront d’autant plus actifs qu’ils pourront partager avec d’autres une vision confiante dans la capacité de réaliser les objectifs annoncés. Ce réalisme est d’autant plus requis que les prétextes à ne rien faire se multiplient avec l’apparition de crises qui risquent de déplacer le sentiment d’urgence sur des terrains plus éloignés des droits de l’homme (climat et environnement, énergies fossiles et énergies nouvelles, ressources alimentaires et commerce international, accès à l’eau et droit à la vie, pandémies et accès aux soins, etc.)
LA PRECIEUSE CONTRIBUTION DES RELIGIONS
Les religions ont beaucoup à offrir dans cette avancée vers plus de tolérance, de respect et de paix, pour peu qu’on les appréhende davantage sous l’angle de l’homme qu’elles veulent édifier que sous celui des oppositions qui nourrissent souvent leur mauvaise instrumentalisation. Le prisme occidental, nourri de matérialisme et de laïcité, déforme ici beaucoup les choses. Une voie est sans doute à tracer qui tisserait ensemble les affirmations des droits divins (à explorer dans les diverses religions) et ceux des droits humains. L’on ne peut sous-estimer le fait que sous une forme ou une autre 90% de l’humanité est croyante et que les religions contribuent pour une part considérable au trésor de l’humanité.
Copyright : « Between » n°11 (Lettre d’information de la représentation permanente de l’OIEC auprès de l’UNESCO) »