Enseignement Catholique Au Maroc

Elèves chrétiens et musulmans cohabitent dans les écoles catholiques de Terre sainte

 
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    De BETHLÉEM, l’envoyé spécial du Journal "LE MONDE"

    La fête de Pâques sera à nouveau morose pour les 300 000 chrétiens de  Terre sainte (2 % de la population des territoires palestiniens, d’Israël  et de Jordanie). Dans leur uniforme écossais, les jeunes filles du collège Saint-Joseph de Bethléem chantent :

     

    " Je rêve de liberté. Je rêve de voyager... Je ne veux plus de la guerre. Je veux libérer ma terre... Je rêve de l’arc-en-ciel. Je rêve d’aller en forêt pour manger du miel. "

    Le rêve est le seul horizon de ces adolescentes palestiniennes. Rêve de sortir d’une ville ceinturée par le " mur de sécurité " israélien, où  commerces et hôtels pour touristes et pèlerins sont fermés, où les regards sont éteints. Rêve de vacances. Rêve de voyage à Paris ou San Francisco. Rêve entretenu par Internet, seule fenêtre de liberté ouverte sur d’autres paysages, d’autres visages.

    " Le moral de nos élèves est très bas. L’absence d’avenir les mine ", se  désole le Père Marwan Dides, franciscain du lycée Terre sainte de Bethléem, qui compte 1 335 élèves, dont un tiers de musulmans. Proviseur, il évoque les " traumatismes " subis par les enfants liés aux raids aériens, aux arrestations dans les familles : " Il n’y a pas de suicide, ni de drogue, mais des dépressions profondes. "

    Les directeurs d’établissement enragent devant les difficultés opposées par les autorités israéliennes au moindre voyage scolaire. La Jordanie est accessible, mais pas Jérusalem, ni la Galilée. " On ne peut pas digérer ça, explose Mgr Fouad Twal, coadjuteur du patriarche latin de Jérusalem. Le Palestinien de San Francisco peut venir au Saint-Sépulcre pour la fête de Pâques, mais pas celui de Bethléem, d’Hébron ou de Naplouse. Nos lieux saints sont ouverts aux étrangers, mais pas aux habitants de Bethléem. C’est inadmissible. "

    Au total, une cinquantaine d’établissements quadrillent la Terrre sainte, comptant jusqu’à 65 000 élèves et 1 700 professeurs. " La foi a commencé dans ce pays et aujourd’hui, sans nos écoles, la présence chrétienne serait réduite à néant. Les musulmans le savent et admettent que la survie de l’identité palestinienne passe par sa diversité religieuse ", explique le Père Majdi Al-Siryani, directeur de l’enseignement catholique.

    " UN ENDROIT PLUS SÛR "

    Les écoles chrétiennes accueillent de plus en plus d’élèves musulmans. Même les dirigeants du Hamas - comme l’ex-chef spirituel assassiné Ahmed Yacine, le premier ministre Ismaïl Haniyeh, le ministre Mahmoud Zahar - y ont inscrit leurs enfants. A Ramallah, la moitié des 500 élèves des écoles catholiques sont des musulmans. A Gaza, deux écoles chrétiennes comptent 1200 élèves, dont seulement 150 chrétiens. A Naplouse, ils sont 500, dont 90 % de musulmans. A Bethléem, Beit Jala et Beit Saour, les proportions sont plus équilibrées.

    " Nous n’imposons pas notre foi, mais nous disons clairement qui nous sommes, souligne le Père Dides au collège de Terre sainte. Il y a des crucifix dans toutes les classes, mais cela ne fait pas problème pour nos élèves musulmans ". L’université catholique de Bethléem compte 70 % de jeunes étudiantes musulmanes : " Les familles musulmanes nous envoient leurs filles parce qu’ici, c’est un endroit plus sûr ", explique une enseignante. Chaque matin, au collège des Frères des écoles chrétiennes - 600 élèves, dont 45 % de musulmans -, des familles musulmanes viennent depuis Hébron pour y amener leurs enfants : " Nous ne voulons pas que nos enfants deviennent des fanatiques. Vous leur apprenez la tolérance ", s’entend dire le directeur, Michel Sansour.

    A croire les enseignants, la cohabitation entre jeunes chrétiens et musulmans se passe sans accroc majeur. Les cours de religions (trois heures par semaine) sont séparés, mais les fêtes religieuses célébrées de manière commune. Les professeurs concèdent quelques difficultés dans les cours d’histoire, s’agissant par exemple des croisades : " Il nous faut sans arrêt expliquer que ces massacres étaient liés à une époque donnée ", dit l’un d’eux. Lors de la polémique provoquée par le discours du pape à Ratisbonne en 2006, la direction du collège de Terre sainte a convoqué les professeurs de religion et les a chargés de décrypter le discours du pape de manière contradictoire.

    " A notre échelle d’établissement, un dialogue entre chrétiens et musulmans est donc possible. Pas sur le dogme bien entendu, mais sur les moyens de vivre ensemble dans la fraternité et la lutte pour nos droits ", explique le proviseur Marwan Didès.

    Henri Tincq (08/04/2007)